Ah ce mail en copie… dix jours après la date… il y était question d’une cérémonie à votre honneur… jusqu’à ce que je comprenne que c’était un hommage… le choc.
Est-ce que c’est parce que je vous avez confié que ma hantise, c’était que vous partiez pour l’autre monde sans que je le sache ? En prévision de vos obsèques, vous aviez préparé un lien vers une vidéo publique où vous parliez de… moi. Sacrée Marie-Claire. Ainsi donc vous m’avez encore surprise in mortem. La dernière fois que nous avons déjeuné ensemble, c’était un dimanche. Le 19 mars. Vous étiez comme d’habitude : généreuse, alerte et joyeuse. Cette fois-là, vous me demandiez si j’acceptais d’accompagner et de superviser des professionnels de la petite enfance d’une association chère à votre cœur. D’une certaine façon, je vous ai suivie avec gourmandise jusqu’au bout du monde. Comme vous. D’une curiosité insatiable toutes les deux, nous avons eu le temps de faire les 400 coups ensemble. Un livre, un film, un diplôme universitaire…
C’est sûr, vous allez me manquer. Une scientifique et une artiste complices sur une même thématique, ce n’est pas courant. Laissons la porte ouverte. De là où vous êtes je suis sure que vous comptez bien me surprendre encore. Et moi aussi. Notre lien n’est pas rompu. J’en veux pour preuve, votre dernier message :
« N’est-il pas étonnant…
Quel que soit le rite de passage à effectuer, la personne à laquelle on rend hommage a eu peu d’opportunités de se faire entendre durant son enfance, ses années d’études ou à l’occasion de ses anniversaires ou de son mariage. D’autres
ont proclamé ses louanges ! Aussi, ai-je décidé de bousculer les usages et d’écrire mon propre éloge funèbre ! Non pas pour proclamer mes mérites, ce qui serait bien prétentieux, mais pour exprimer ma gratitude au sort qui m’a offert la possibilité de mettre à profit mes facilités, de ne pas trop souffrir de mes manques et de vivre une existence passionnante, entourée d’amis chers. J’ai aussi eu la joie de vivre longtemps. Ainsi, je remercie tous ceux qui m’ont aimée et me l’ont témoigné, ceux qui m’ont entourée de leur sollicitude et ont contribué à rendre cette vie créative, délicieuse et, je l’espère, fructueuse.
J’aurai donc quitté en paix cette existence-ci, remplie de reconnaissance, habitée par l’espérance que l’incarnation suivante sera encore plus enrichissante. »
Au revoir Marie-Claire. A une autre fois, jumelles in utéro ?
Actuellement, vous pouvez entendre sa vie et sa voix dans In utéro sur France Inter