Quels coûts ? Quels bénéfices ? Quelle vie ?
Si au moment de l’accouchement, la femme se laisse aller à une prise en charge totale, performante, efficace, rapide et donc jamais suffisante, satisfaisante au moment où elle pourrait se mesurer à sa véritable capacité à mettre au monde, quels peuvent en être les coûts ? Les bénéfices ? Les freins ? Pour quelle vie ? Kundera dans « le plaisir de la lenteur » accuse la technologie, mais la technologie n’est jamais qu’un outil. Parfois une réponse à l’exigence de l’infantilisme qui la réclame. Trop souvent le rebond tordu d’un capitalisme à tout crin : restauration rapide, communication rapide, déplacements rapides, repos rapide. Une vie sur voie rapide. Rapide ici ne veut sûrement pas dire meilleur, ni pertinent, ni même particulièrement efficace : l’intelligence se retrouve réduite à l’activation fulgurante des synapses existantes et non plus à la fabrication de nouvelles synapses qui met en relation les informations brutes produites par des neurones rapides et leur donne un sens. Temps brutalisé, temps maîtrisé, temps accéléré, temps vaincu. La vitesse relève presque de la pathologie. Nous finissons par normaliser le pathologique dans notre vie quotidienne. Ce n’est pas seulement un trouble déficitaire de l’attention, c’est un trouble déficitaire de l’attention obligatoire, défini par une culture qui nous dissuade de nous concentrer, qui nous écarte de la continuité et nous amène à une vie « syncopée ».
Quelle opportunité lors d’un accouchement médicalisé ?
Un accouchement médicalisé est une opportunité pour la femme de développer l’attention obligatoire via un accompagnement actif et continue qui lui sera fort utile par la suite dans les premiers mois du nourrisson. Philosophes et scientifiques assimilent souvent la vie, et la conscience qui en procède, à une spirale de complexité qui ne cesse de s’élargir et de s’approfondir. Si on définit la complexité par la maturité de l’adulte et la civilisation, on peut par ricochet définir la simplicité par l’innocence et l’enfance. Dans le monde de la naissance, le piège serait d’associer simple à naturel ; le piège serait d’associer puisque accoucher est un acte naturel, ce n’est pas la peine que je me pose des questions. Dans le même ordre d’idée, puisque vivre est un acte naturel, ce n’est pas la peine que je me pose des questions. Mais avant d’être naturel, vivre et accoucher sont des actes et il suffit de regarder un seul film sur la nature pour constater toute sa complexité. A tout âge, il est difficile de grandir et d’apprendre ; au départ, on a toujours l’impression d’y perdre. Il est facile de rester ignorant et puéril ; il suffit de se laisser aller au principe du plaisir immédiat, rapide.
Allez, posez-vous 2′. Promis, vous n’en serez que plus efficace.
Source : B. Barber, Comment le capitalisme nous infantilise, Ed. Fayard, 2007