Quand la vie apprend du théâtre
Je dois ces notions d’accomplissement de soi, précédé du dépassement de soi, de l’expression de soi et de la confiance en soi, à mon professeur de théâtre, Luc Charpentier. Il m’a appris, jeune adulte, à jongler avec ces étapes pour construire un personnage, pour l’interpréter, pour aborder une œuvre, la mettre en scène… Dans le même temps, j’ai mis en pratique ces notions dans ma vie personnelle. J’observais à quel point l’intensité de mon existence était accrue lorsque je vivais mes enjeux au travers de ces quatre phases. Et combien cela était évident : un temps de réflexion personnelle, un temps d’expression aux autres, un temps d’actions dans l’inconnu et un temps d’accueil de l’expérience vécue.

Le voyage de l’héroïne
Et puis l’envie d’écrire pour le théâtre m’amena tout droit à Joseph Campbell, anthropologue et mythologue américain. Dans son essai de 1949, Campbell expose sa théorie du monomythe, affirmant que tous les mythes suivent les mêmes schémas archétypaux. Ainsi, tous les héros mythiques débuteraient leur périple à la suite d’un « appel à l’aventure » – ce qui implique que le héros quitte l’environnement dans lequel il a grandi. Il doit ensuite faire face au « gardien du seuil », premier obstacle dans son voyage qui, une fois franchi (la plupart du temps avec l’aide d’un mentor ou d’un guide spirituel), lui permet de pénétrer dans un monde plus spirituel – généralement représenté par une forêt sombre, un désert, une grotte ou bien encore une île mystérieuse. Là, il subit une série d’épreuves lui permettant de dépasser son mentor et d’accomplir enfin l’objet de sa quête (le plus souvent une réconciliation avec le père, une union sacrée ou une apothéose), représentant symboliquement l’émancipation. Selon Campbell, les héros ont une fonction très important dans la société car ils permettent de véhiculer des moyens universels pour s’émanciper et pour s’épanouir. Il est, pour moi, évident que la femme a un trajet héroïque en tout point semblable.
La femme vit sa métamorphose
Transposons le voyage des héros du monde entier au sentier de l’initiée, celui qui passe de la femme à la mère et voyons ce qu’il nécessite. Le départ de son aventure, représentant « l’éveil à soi », est le moment où la femme apprend qu’elle est enceinte. Elle quitte alors le monde ordinaire (celui de son corps non fécondé) pour le monde extraordinaire (celui de la grossesse). Pour tenter de franchir la frontière du monde ordinaire au monde extraordinaire, la femme affronte le gardien du seuil : son soi soupçonné. Est-ce que j’ai réellement envie d’être mère ? Suis-je vraiment capable ? Est-ce le bon moment ? Quelle que soit ma décision, est-ce que je ne vais pas la regretter ?… On voit bien l’appel de l’aventure et le cheminement de la femme qui, à l’aide d’une introspection fine et poussée, va finir par faire un choix. Tout ce temps intime baratte « La confiance en soi » et personne ne peut faire le chemin à la place de l’intéressée. Si la femme s’accorde avec elle-même à pénétrer dans le monde de la grossesse, elle accepte d’aller dans le sens de la transfiguration et de l’assumer. Campbell appelle cette étape « l’étape de la baleine ». Tiens donc ! Dans la Roue de l’estime de soi, cette étape correspond à « L’expression de soi ». Maintenant que le choix est fait, vient le temps de l’exposition de ce choix aux autres et au monde. Cette exposition va permettre de mettre à distances les détracteurs et de trouver les alliés qui renforceront la confiance tout au long du chemin. Après celle-ci s’enchaîne celle du « Dépassement de soi » avec la traversée des épreuves : l’héroïne y rencontre toutes sortes d’obstacles propres à elle et à l’accouchement (environnement, croyances, culture, conditions techniques…). Ceux-ci servent à confronter et à assimiler la femme à son opposé : son soi insoupçonné.
L’amor fati, l’acceptation de son destin
Une fois ces obstacles dépassés, arrive le moment de haute intensité (nommé crise par Campbell) où la femme qui enfante gagne l’amor fati, l’acceptation de son destin, représenté par une union avec deux entités immortelles : la déesse de la vie et la déesse de la mort. Il arrive que l’acquisition de l’amor fati ne soit pas bien vécue. La femme doit alors se tourner vers une voie thérapeutique ou spirituelle, libre de toute emprise matérielle, pour continuer sa transfiguration. Cela lui donne accès à l’apothéose, c’est à dire l’accession à la connaissance. Elle atteint son objectif en s’emparant de l’objet de sa quête, l’élixir de vie : l’enfant. Il est là et avec lui un monde de nouveaux savoirs s’ouvre.
Re-tour au monde ordinaire enrichi
La femme revient du monde extraordinaire où elle s’est aventurée. Transformée par l’expérience, la femme entre ensuite dans la phase du retour : la tempête ayant été traversée, la femme, la femme doit en effet retourner avec l’enfant dans le monde ordinaire afin d’en faire bénéficier la communauté. C’est le temps de l’accomplissement de soi où l’on partage avec ceux restés à distance, toutes les épreuves qui ont nécessité tant de courage et parfois aussi d’abnégation de soi. Ceux restés à distance reconnaissent le chemin parcouru en permettant à l’héroïne de se reposer. Les soins prodigués au quotidien pour elle et son enfant confirme à l’héroïne que ce retour n’est pas un retour en arrière. Il y a bien eu métamorphose et bientôt, la phase de vulnérabilité extrême passée, un nouvel appel de l’aventure va pointer son nez, celui d’élever cet enfant. La Roue de l’estime de soi n’est jamais à l’arrêt.
En résumé
La Roue de l’estime de soi est la pédagogie de l’entraînement-coaching Naître enchantés. Elle comprend les quatre étapes de Naître enchantés par l’Expression Vocale Ajustée (EVA) : la confiance en soi, l’expression de soi, le dépassement de soi et l’accomplissement de soi. Cet outil mis en pratique permet aux acteurs de la naissance d’être dans la philosophie d’une parentalité sereine et joyeuse, quelles que soient les conditions techniques et environnementales de l’accouchement et par la suite. Les séances d’entraînement servent à les expérimenter. Suite aux séances, vous savez comment, ensemble, rester acteurs et créatifs face aux multiples inconnus.
Magali Dieux
Pour en savoir + : Pour une grossesse et une naissance heureuses, Ed. Actes Sud, Benoît Le Goëdec, Patrice Van Eersel, Magali Dieux