Et si l’accouchement rêvé était tout simplement d’apprendre à éviter les traumatismes et de savourer l’instant ?
Mon nom est Magali Dieux. J’ai accouché 5 fois en 6 ans. (Lire l’épisode N°1 avec Marius là ). Cela m’a permis de mettre au point une approche pour rester dans la joie de la maternité, quelles que soient les aléas de la vie. Aujourd’hui j’ai 3 filles, adolescentes, et depuis mes grossesses et leur naissance, l’émerveillement et la joie ne m’ont jamais quitté. Pourtant, les traumatismes, j’aurais pu les collectionner ; certains de plein fouet, d’autres plus volatiles, d’autres encore, invisibles à l’œil nu. Si je sais comment ils sont arrivés, je sais aussi comment je les ai fait sortir de ma vie et comment j’aurais pu les éviter : en me connaissant mieux et en connaissant mieux les divers environnements.
Angèle, l’unité corps-esprit
A cinq mois de grossesse, Angèle n’est pas viable. Je suis anéantie. Avec Marius décédé quelques mois plus tôt de la mort subite du nourrisson, je me sens maudite, condamnée. A l’hôpital, on me fait avaler une première pilule pour stopper la grossesse, sensation très forte d’avaler de la cigüe. Au bout de trois jours, cette enfant qui devait s’éteindre, remue toujours. J’ai beau lui expliquer qu’il vaut mieux pour elle, qu’elle retourne d’où elle vient, elle résiste. Epuisée nerveusement, je demande à son père de lui parler. Est-ce cela qu’elle attendait ? Que j’attendais ? Toujours est-il que je la sens qui se calme et se laisse envahir par la torpeur qui la fait basculer de « l’autre côté ».
Une expérience unique
Pour ne pas sombrer dans le désespoir, lors de l’accouchement, je décide d’en faire une expérience unique : tester ce que j’ai mis en place pour l’enfantement de Marius sur ce petit corps inerte. Toute la nuit, j’affine ma perception, vérifie l’impact de certaines vibrations, de la respiration ventrale, du rôle du mental sur la poussée et l’expulsion. Une seule idée m’envahit : accompagner, rassurer, inviter l’enfant au passage du col, au passage de la vie au néant. Une partie de moi sait bien que l’enfant dans mon ventre ne m’entend plus. Mais peu importe. Moi, j’entends encore. Mon cerveau entend encore. Au travers de cette enfant, c’est moi que j’accompagne, rassure, invite à accepter l’inacceptable. Je ne suis pas comme avec Marius : la reine du monde. Mais je suis la reine de mon histoire. J’ai du chagrin mais je suis paisible. Je fais ce que j’ai à faire. J’accompagne ce petit être quelque part. Même si ce quelque part n’a pas été le lieu tant attendu.
Ouvrir, ouvrir les portes
Je sais que je ne tomberai pas en dépression. Mon corps se vide de larmes. Je suis vigilante à ne pas m’y complaire. Je guette autour et devant moi les plus petits appels souriants de la vie. Ouvrir. Ouvrir des portes. Pour ne pas mourir à mon tour. Ce qui est sûr, c’est qu’Angèle m’a donné la plus belle leçon de parentalité : accompagner l’enfant avec tout notre amour, quel que soit le chemin… Cette leçon, je l’applique aujourd’hui, avec mes 3 adolescentes avec qui je vis une magnifique complicité au quotidien.
Dans l’Episode N°3, vous suivrez les naissances de Gaby, Zoé et Lula et vous lirez comment chacune de ces petites personnes a fait grandir la grande.